Résumé de la 9ème Journée Romande de Phytothérapie médicale: « Phytothérapie en Gynécologie – place à la pratique »

La 9. Journée Romande de Phytothérapie médicale était un énorme succès avec plus de 120 participants. Le sujet « Phytothérapie en Gynécologie – place à la pratique » a su attirer non seulement des habitués de la phytothérapie mais aussi des nouveaux visages et passablement de gynécologues. L'Hôtel Alpha Palmiers à Lausanne correspondait particulièrement bien à cet évènement avec une forêt vierge dans la salle de conférence et une cour intérieure qui ressemblait à une oasis verte au milieu du centre-ville. Une autre particularité de cette journée dédiée à la femme était le fait que toutes les conférences étaient présentées et organisées par des femmes.

Après le mot de bienvenue par la Dresse Barbara Zuercher, présidente de la section romande et le Dr. Roger Eltbogen, président de la SMGP, la Journée a débuté avec un sujet passionnant : la procréation pas médicalement mais naturellement assistée, présentée en binôme par la Dresse Marion Ombelli, gynécologue, et Madame Rachel Sanchez, spécialiste en médecine chinoise, qui travaille dans le Centre Nerys à Neuchâtel.


Elle démontre qu'en matière de santé et fertilité plusieurs aspects jouent un rôle capital, dont l'hygiène de vie, le sommeil, la nutrition, les relations humaines, les émotions et les pensées. La médecine fonctionnelle et chinoise mettent leur accent principal sur la régulation et se complètent merveilleusement bien en utilisant la phytothérapie et la diététique dans ses approches thérapeutiques.

Est-ce que le cannabis médical est une option en gynécologie ? Cette question s'est posée la Dr. sc. nat. Daniela Eigenmann, pharmacienne à Berne, qui travaille à la Bahnhof-Apotheke, une des rares pharmacies qui ont l'autorisation de produire des médicaments à base de cannabinoïdes. Cette plante médicinale peut être utilisée entre autre pour certain troubles gynécologie tels que des douleurs associées à l'endométriose, des crampes menstruelles et le cancer de sein.


Les infections uro-génitales ne sont pas seulement courantes dans un cabinet gynécologique, on les croise fréquemment en première ligne chez les médecins généralistes. La Dresse Barbara Kramer, FMH de médecine générale et interne à Sion, nous propose divers applications à base d'huiles essentielles en traitement local et per os pour le traitement d'ureaplasma, mycose vaginale pendant la grossesse ou encore infection urinaire récidivante avec l'utilité de l'aromatogramme.


Elle rappelle aussi l'importance de la collaboration avec le pharmacien fabriquant les spécialités qui peut être une source d'inspiration et une aide précieuse pour la prescription adaptée des formules.

La femme stressée présente souvent des problèmes gynécologiques sans que ce soit en premier lieu lié aux hormones sexuelles féminines telles que l'estradiol et la progestérone. L'adrénaline et les hormones thyroïdiennes dans la phase aiguë et le cortisol et insuline dans le stress chronique ont plusieurs effets sur notre corps tels que le diabète, la prise de poids, la dépression, la démence, les troubles immunitaires et digestifs et bien sur les affections gynécologiques. Dans sa deuxième conférence de la journée, la Dresse Marion Ombelli nous explique les stratégies de traitement du point de vue de la médecine fonctionnelle (exercices physiques, relaxation, nutrition, gestion du stress et les relations sociales) et phytothérapeutique en utilisant des adaptogènes quand le taux de coritisol est élevé (Orpin rose, millepertuis, éleuthérocoque, ashwaganda et thé vert) et quand le taux de coritisol est bas (ginseng asiatique, réglisse et cassis).


« Vivre sa ménopause – grâce à la phyto-aromathérapie », tel était le titre de la conférence de Dr Danielle Roux-Sitruk, pharmacienne spécialisée en phyto – aromathérapie. Les plantes à action « progesterone-like » (Vitex agnus castus, Achilléa millefolium et la Dioscorea villosa) sont spécialement conseillées en prémenopause en luttant contre l'hyper-oestrogénie relative.


Pour des ménorragies, on peut utiliser de l'Alchemilla glabra, la Drymis winteri et la Ciste ladanifère. Quand les oestrogènes ne sont plus sécrétées en suffisance, des nombreux phyto-oestrogéniques peuvent soulager les symptômes : le trèfle rouge, le soja alimentaire, le fénugrec, le Kudzu, la luzerne, le houblon, l'actée à grappes, l'avoine, le lin et certaines huiles essentielles comme le HE d'anis vert, d'armoise, de carvi, de fenouil et de sauge sclarée. Pour les bouffées de chaleur la Salvia sclarée et la Salvia officinalis peuvent être utilisées.

Des stratégies phytothérapeutiques lors du syndrome prémenstruel ne proposent pas seulement un traitement de fond agissant au niveau de l'axe hormonale-neurotransmetteurs comme le gattilier, l'actée à grappes noires, l'achillée ou l'alchémille mais aussi de plantes calmantes (mélisse, houblon, passiflore), diurétiques (bouleau, pissenlit, ortie) ou digestives (fenouil, anis, cumin) visant plus spécifiquement divers autres symptômes.


Karoline Fotinos-Graf, pharmacienne à Berne avec un FPH en Phytothérapie et Aromathérapeute, décrit les différents traitements possibles dans ce syndrome qui touche jusqu'à 90 % des femmes. Une réduction du stress, une alimentation équilibrée ainsi qu'une activité physique vont optimiser le succès thérapeutique.

Comme le syndrome prémenstruel, la dysménorrhée est une pathologie souvent sous-estimée. La Dresse Regina Widmer, gynécologue à Soleure et active dans les workshops de Herbadonna, explique quelles mesures peuvent être entreprises lors des troubles menstruels. La phytothérapie sous forme de tisanes, teintures mères, dragées, soupes ou compresses aident comme spasmolytique (alchémille, potentille anserine, millefeuille), analgésique (saule blanc), harmonisant du cycle et équilibrant hormonal (gattilier, igname sauvage), calmant (mélisse, valériane, millepertuis), emménagogue (armoise, myrrhe) et hémostatique (bourse à pasteur) est un pilier important dans ce concept qui considère aussi les aspects psychosociaux et l'hygiène de vie.


Nous remercions cordialement toutes les oratrices qui nous ont montré la place de phytothérapie en gynécologie, Karoline Fotinos-Graf et Barbara Zuercher pour l'organisation de cette journée et bien sûr les exposants pour leur soutien au congrès et leurs informations utiles pour notre pratique.


Le journal « La phytothérapie européenne » a publié l'ensemble des sujets présentés pendant cette journée dans le numéro 110, dont un exemplaire a été d'ailleurs offert à tous les participants.

Un certificat de complémentaire FPH en phytothérapie a pu être transmis ce jour à Dr. sc. nat. Evelyne Vuaridel, pharmacienne et membre du comité de la section Suisse romande. Le titre de son travail est « Essential oils in pharmaceutical technology: A review on commonly used formulations », qui sera bientôt disponible sur le site internet de la SSPM.


Pour rappel, le prochain congrès aura lieu à Besançon en juin 2020 organisé par la Société Franc-Comtoise de Phytothérapie et Aromathérapie (SFCPA) et dans 2 ans à nouveau en Suisse romande.

Le prochain évènement organisé par la SSPM sera l'excursion pharmaco-botanique dans le canton de jura dans la réserve naturelle de l'Etang de la Gruère.